71% des réservations passent par des OTA américaines
Le tourisme français a un problème de souveraineté numérique. Les chiffres sont sans appel, et l'IA va accélérer la concentration.
Les OTA sont des extracteurs de souveraineté.
Booking, Expedia, Airbnb. Trois plateformes américaines captent plus de sept réservations sur dix dans l'hôtellerie française. Ce n'est pas un problème technologique. C'est un problème de dépendance structurelle.
Les chiffres
Les données de la Banque de France et de l'UMIH convergent : la part des réservations directes continue de baisser, année après année. En 2019, elle était de 38%. En 2025, elle est tombée à 29%. La tendance est claire, et rien dans le paysage actuel ne l'inverse.
Le coût n'est pas seulement financier (les commissions oscillent entre 15% et 25% du prix de la nuit). Le coût est informationnel. Booking sait qui voyage, quand, où, à quel prix, avec quelle fréquence. L'hôtelier ne sait rien de son propre client tant que celui-ci n'a pas franchi la porte.
Quand vous ne possédez pas la relation client, vous ne possédez pas votre marché. Vous le louez.
L'IA va accélérer la concentration
Les OTA investissent massivement dans l'IA. L'assistant Booking utilise un LLM pour proposer des itinéraires personnalisés. Expedia teste la réservation conversationnelle. Airbnb optimise le pricing dynamique avec des modèles prédictifs.
Face à ces investissements, les acteurs institutionnels du tourisme français en sont encore à débattre du « potentiel de l'IA ». Le décalage n'est pas un retard rattrapable. C'est un fossé qui se creuse.
Ce que ça change
La souveraineté numérique du tourisme n'est pas un sujet technique. C'est un sujet politique et économique. Tant que les destinations, les offices de tourisme et les hôteliers considéreront les OTA comme des « partenaires commerciaux » plutôt que comme des extracteurs de valeur, la situation ne changera pas.
Le premier pas est de nommer le problème. Le voici : 71% des réservations passent par des OTA américaines. Et ce chiffre va augmenter.